Budgets d’augmentation 2020 et Prime Exceptionnelle de Pouvoir d’Achat : la chronologie des événements a fait paratonnerre.

 

L’incertitude domine les prévisions d’augmentation 2021 qui, malgré la crise du covid-19, sont de l’ordre de 2 % pour l’ensemble des catégories professionnelles.

Paris, le  28 septembre 2020 

Mercer, leader du conseil en Gestion des Talents, présente les résultats de son enquête de rémunération annuelle pour la France1. Si l’impact de la pandémie sur les politiques de rémunération est encore difficile à saisir, la chronologie des événements a protégé les augmentations 2020. Par ailleurs, les entreprises ont tiré des leçons de la précédente crise économique de 2008 et ne s’orientent plus systématiquement vers un gel généralisé des salaires. Enfin, cette crise sanitaire a donné un second souffle à la « Prime Macron » (Prime Exceptionnelle de Pouvoir d’Achat - PEPA). Pour 2021, les entreprises qui se positionnent indiquent un budget d’augmentation à 2 %.

 

Principales conclusions pour 2020 et 2021

 

Année 2020

  • Les budgets d’augmentation 2020 (2.2 %) sont légèrement inférieurs à ceux annoncés en 2019 pour 2020 (2.4 %).
  • Le niveau de gel des salaires repart à la hausse (11.3 %) et est supérieur au niveau annoncé en 2019 pour 2020 (2%) sans pour autant atteindre les niveaux de 2009 (38 %).
  • Protégés par la chronologie des événements, les budgets d’augmentation 2020 n’ont pas subi d’impact majeur de la crise sanitaire et économique.
  • La crise a donné un second souffle à la « Prime Macron » (Prime Exceptionnelle de Pouvoir d’Achat- PEPA).

 

Année 2021

  • L’incertitude domine et les entreprises sont moins nombreuses cette année à pouvoir donner précisément leurs budgets d’augmentation pour l’année prochaine.
  • Pour les entreprises capables de se prononcer, l’enquête Mercer fait ressortir des prévisions d’augmentation 2021 volontaristes de l’ordre de 2 % pour l’ensemble des catégories professionnelles.
  • Les mesures de gel des salaires 2021 devraient être légèrement supérieures (13.5 %) au niveau observé en 2020 (11.3 %).

 

Budgets d’augmentation 2020, pas d’impacts majeurs de la crise sanitaire et économique

 

Les entreprises interrogées par Mercer sont 59 % à déclarer que la pandémie de covid-19 n’a pas affecté les augmentations de salaire prévues pour 2020. Un résultat qui est en grande partie lié au fait que de nombreuses entreprises ont annoncé et mis en place les augmentations de salaire en amont du confinement. C’est cette chronologie des événements qui explique principalement le taux de 2,2 % de budget d’augmentation2 qu’observe Mercer en 2020. Un taux finalement assez élevé au regard de la crise, qui se situe certes en-dessous de celui de 2019 (2,3 %) mais au-dessus de celui de 2018 (2,1 %). 

En effet, bien que 53 % des entreprises interrogées en 2020 tablent sur une diminution de leur activité en raison de la crise, seulement 27 % se sont fixées des objectifs précis et chiffrés de réduction des coûts de main d’œuvre3.

Ainsi, même si les budgets d’augmentation réalisés en 2020 (2,2 %) sont inférieurs à ceux annoncés en 2019 pour 2020 (2,4 %), l’écart n’est pas si important que ce à quoi l’on pouvait s’attendre. Une tendance que confirme les prévisions 2021 avec un taux annoncé de 2,00 %.

Les entreprises semblent avoir retenu les leçons de la précédente crise de 2008 et optent pour une sélectivité accrue des augmentations plutôt qu’un gel systématique des salaires ; du moins quand elles en ont la possibilité. Pour autant, dès lors que des objectifs de maîtrise des coûts ont été fixés, certains éléments de rémunération semblent clairement privilégiés. Les entreprises concernées ont en effet majoritairement décidé de réduire, reporter ou annuler les augmentations individuelles 2020 (28 %) et de réduire la rémunération variable court terme (20 %) ou de l’annuler (16 %). En revanche, l’intéressement, la participation et les plans d’actionnariat salarié sont beaucoup moins concernés3.

« Si les enveloppes d’augmentation 2020 sont loin d’être catastrophiques, la part variable, individuelle ou collective, sera en revanche certainement plus impactée. », commente Bruno Rocquemont, Leader de l’activité de Gestion des Talents de Mercer France.

 

 

Prime Exceptionnelle de Pouvoir d’Achat, la prime Macron renaît de ses cendres

 

L’enquête annuelle de Mercer est enrichie des résultats d’une autre enquête menée en parallèle sur la Prime Exceptionnelle de Pouvoir d’Achat (PEPA). Mise en place fin 2018 pour renforcer le pouvoir d’achat des salariés dans un contexte social tendu, cette prime permet de leur verser une rémunération exceptionnelle exonérée d’impôts et de prélèvements sociaux. Si elle n’avait pas vocation à perdurer, ses modalités d’application et ses conditions de mise en place4 ont été modifiées en avril dernier pour faire face à la crise sanitaire. Elle a alors trouvé un véritable second souffle. Le gouvernement vient même d’annoncer le report de la date limite de son versement au 31 décembre 20205. En effet, alors qu’on s’attendait à ce qu’elle s’essouffle très largement en 2020, on observe qu’avec la crise, plus de la moitié des entreprises interrogées (54 %) utiliseront encore ce dispositif en 2020. 71 % des entreprises versant la prime cette année déclarent d’ailleurs ne le faire qu’en réponse à la crise sanitaire.

Grâce aux ordonnances du gouvernement, le recours à la prime PEPA a été facilité et a non seulement permis de soutenir le pouvoir d’achat des salariés mais également de récompenser ceux particulièrement mobilisés pendant l’état d’urgence sanitaire. Pour 72 % des entreprises versant la prime, elle constitue en effet une incitation financière pour les employés exposés au Covid-19 dans le cadre de leur travail.

Le montant médian de la prime versée s’élève à 590 € et les entreprises peuvent différencier les montants versés en fonction des dispositions prévues par la loi. Cette année, c’est le nouveau critère des conditions de travail liées au Covid-19 qui devrait être le plus souvent utilisé (par 81 % des organisations octroyant la prime).

 

 

Des prévisions 2021 fondées sur un pari du retour de la croissance

 

Si les dernières projections macroéconomiques de la Banque de France6 indiquent une contraction du PIB de l’ordre de 8,7% en 2020, elles tablent également sur un rebond net et graduel de la croissance annuelle (7,4% pour 2021). Ce scénario repose sur des mesures de protection contre le virus qui resteraient ciblées et auxquelles les entreprises continueraient de s’adapter.

Cette projection ne doit toutefois pas occulter que le virus continue de circuler et ainsi d’entraver l’activité économique. En conséquence, et sans surprise, les résultats de l’enquête Mercer font état d’un retour du gel des salaires. Ainsi, les mesures envisagées en 2021 s’établissent à 13,2 % (contre 11,3 % réalisé en 2020). Ces niveaux sont effectivement élevés comparativement à l’année dernière (1 % en 2019), mais bien en deçà des niveaux enregistrés à l’issue de la crise financière de 2008 (38 % de gel des salaires en 2009).

Concernant les révisions salariales prévues en 2021, l’indécision prévaut largement. Toutefois, les entreprises qui se positionnent sur cette question, indiquent un budget d’augmentation médian optimiste s’établissant à 2 % (toutes catégories confondues). Un volontarisme né de la nécessité de conserver et d’attirer les meilleurs talents pour aborder le virage de la reprise dans les meilleures conditions et ce malgré des prévisions d’inflation faible et un retour en force du chômage.

 

« On note une profonde indécision chez de nombreuses entreprises quant à la stratégie à adopter. Elles sont en effet beaucoup moins nombreuses que les années précédentes à s’avancer dès à présent sur les augmentations accordées l’année prochaine. Nul ne sait exactement quand nous commencerons à sortir de cette crise, inédite en tout point. Jusqu’à présent, les organisations ont mis en œuvre des mesures temporaires mais certaines prévoient des mesures plus pérennes. L’exercice des Négociations Annuelles Obligatoires (NAO) qui va s’ouvrir à l’automne sera sans précédent, exigeant et à suivre de près. », analyse Bruno Rocquemont, Leader de l’activité de Gestion des Talents de Mercer France.

 

La pandémie aura donné un grand coup d’accélérateur à la définition de nouvelles stratégies pour les organisations ainsi qu’au référencement des talents et des compétences nécessaires à l’atteinte de ces nouveaux objectifs. Ainsi, au-delà du salaire, pour accompagner les défis de la reprise et opérer les transformations nécessaires, les entreprises vont devoir faire évoluer la proposition de valeur qu’elles font à leurs collaborateurs afin d’attirer et surtout de fidéliser les meilleurs talents, en particulier ceux dont les compétences s’annoncent cruciales à l’ère post-corona. Par conséquent, en complément d’une plus grande sélectivité des augmentations, une profonde réflexion autour des éléments non monétaires de la proposition de valeur (qualité de vie au travail, flexibilité, sens du travail…) va s’engager lors des prochaines Négociations Annuelles Obligatoires (NAO).

« La crise a mis en exergue les innombrables défis auxquels les sociétés sont confrontées, le principal étant leur capacité à s’adapter rapidement au changement. Celles qui voudront se démarquer et profiter du regain de la croissance devront recourir à d’autres moyens de valorisation que le monétaire lors des prochaines NAO. Des sujets cruciaux, comme la flexibilité et la qualité de vie au travail pourraient ainsi bénéficier d’une caisse de résonnance plus importante. », conclut Bruno Rocquemont, Leader de l’activité de Gestion des Talents de Mercer France.

 

1 Enquête Mercer « Total Remuneration Survey France 2020 », 644 entreprises répondantes, interrogées d’avril à juillet 2020.

2 Pourcentage médian correspondant au budget d’augmentation comprenant les augmentations générales (AG) et individuelles (AI) et incluant les zéros.

3 Enquête Mercer « Europe Sustainable labour cost management », 232 entreprises répondantes, interrogées du 15 juin 2020 au 6 juillet 2020.

4La prime est exonérée de charges sociales et d'impôt sur le revenu dans la limite de 1 000 € par bénéficiaire pour les entreprises sans accord d'intéressement. Cette limite est portée à 2 000 € par bénéficiaire pour les entreprises bénéficiant d'un accord d'intéressement.

5 La 3ème loi de finances rectificative pour 2020 (loi n°2020-935 du 30 juillet 2020) a été publiée au Journal Officiel du 31 juillet 2020. Son article 3 repousse la date limite de versement de la PEPA au 31 décembre 2020.

6Banque de France Projections macroéconomiques France – Septembre 2020.

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